Achat de fourrage, coproduits, ajustement de ration, baisse de production : selon la stratégie choisie, l’écart de surcoût peut aller du simple au double pour un même déficit. Le BTPL a chiffré cinq scénarios pour objectiver ce que coûte réellement chaque choix.
Les déficits hydriques à répétition affectent cette année la production de maïs fourrage à hauteur de 10 à 50% selon les bassins. Face à cette situation, les éleveurs disposent de plusieurs leviers d’adaptation : achat de fourrage local, recours à des coproduits, ajustement de la ration, ou baisse assumée de la production. Encore faut-il pouvoir objectiver, pour chacun, ce qu’il coûte réellement et sur quel horizon. C’est l’exercice que le BTPL a mené, en construisant une grille de décision qui associe à chaque situation de déficit – quantité insuffisante, qualité insuffisante, ou les deux – la stratégie la plus adaptée, puis en chiffrant ses conséquences économiques sur la campagne 2027.
Une modélisation construite sur une exploitation de référence
Le travail s’appuie sur une exploitation type représentative des systèmes suivis par le BTPL : 100 vaches laitières produisant 32 L/VL/jour (9 750 L/VL/an), pour 1,13 million de litres livrés annuellement, avec un taux de renouvellement de 35 % (70 génisses) et des prairies produisant 6 tonnes de matière sèche par hectare sur deux coupes de printemps. Cette base commune permet de comparer les scénarios sur un pied d’égalité et d’isoler l’effet propre de chaque stratégie, indépendamment des variations de structure entre exploitations.
Cette modélisation porte sur une exploitation type, mais la méthode peut être appliquée à tous les systèmes laitiers.
Cinq scénarios, cinq logiques économiques distinctes

Quand du fourrage reste disponible à l’achat dans la région, le maïs ensilage manquant est complété localement (scénario 1). Le déficit d’amidon est comblé par du maïs grain pour une perte de rendement de 22%, le surcoût s’élève à environ 25 000 €, soit +22 €/ML. Lorsque cette ressource n’est pas mobilisable (scénario 2), l’éleveur doit transférer l’ensilage d’herbe initialement destiné aux génisses vers les vaches laitières, et compenser pour les génisses avec de la paille achetée. Le surcoût grimpe alors à environ 42000€, soit +37 €/ML. C’est près du double, pour une perte de rendement identique. Seule la disponibilité locale de la ressource change la donne.
Dans les zones productrices, le recours à des coproduits (scénarios 3 et 4) offre une voie intermédiaire : le corn gluten, qui permet de remplacer jusqu’à 40 % de la perte d’ensilage de maïs, limite le surcoût à environ 28 000 € (+24 €/ML) ; les pulpes de betterave, sur le même principe, portent le surcoût autour de 37000 € (+33 €/ML). L’écart entre les deux s’explique par des rapports coût/valeur nutritionnelle différents, à évaluer au cas par cas selon les prix locaux.
Enfin, la baisse de production (scénario 5) recouvre deux réalités distinctes. Elle peut d’abord venir d’un manque de qualité : avec une teneur en amidon réduite à 23 % par exemple, la perte de marge atteint 23000€, soit 21 €/ML, sans que le cheptel soit réduit. Elle peut aussi venir d’un manque de quantité, qui contraint cette fois l’éleveur à décapitaliser. Une réduction de 20 % de l’effectif se traduit alors par une perte de marge de 77 000 €, sous l’effet cumulé de la baisse du volume collecté et du maintien de charges fourragères fixes.
Tableau de synthèse – Impact économique des 5 scénarios (exploitation type de 100 VL, 1,13 million de litres)

Ce que retient le BTPL de cette modélisation
Cette modélisation met en évidence un enseignement transversal : la disponibilité locale de ressources de substitution est le facteur qui détermine l’ampleur du surcoût. Elle souligne aussi un enjeu de trésorerie pour la filière : les achats de fourrage sont réglés en 2026, quand les achats de concentrés se répartissent sur 2026 et 2027, ce qui différencie fortement l’impact de trésorerie selon la stratégie retenue.
La question de fond dépasse l’ajustement conjoncturel. Quelles cultures fourragères moins sensibles aux aléas, quelle conduite culturale, et quel niveau de stock cible (3-4 mois d’avance) permettraient de sécuriser les bassins de collecte face à des sécheresses appelées à se répéter ?
Ce panorama chiffré est une entrée en matière : chaque exploitation reste un cas particulier. Le BTPL peut modéliser le surcoût dans chaque région, en tenant compte des prix et des conditions climatiques locales. Il accompagne aussi les éleveurs qui le souhaitent pour appliquer cette grille de décision à leur propre situation.

